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La carte scolaire du Lot ravive les tensions autour des fermetures de classes. Sept postes supprimés, douze classes concernées, 312 élèves en moins : syndicats et élus réclament un moratoire pour sauver l’école rurale.
Jamais deux sans trois. Après deux précédentes mobilisations il y a deux semaines, la carte scolaire du Lot a de nouveau suscité la colère, ce lundi 13 avril à Cahors. En cause ? Le conseil départemental de l’Éducation nationale devait statuer sur sa ratification ou non lors de la rentrée prochaine. Elle prévoit la suppression de sept postes dans le premier degré, correspondant à la fermeture de douze classes, mais aussi la perte de dix-neuf équivalents temps plein dans le second degré.
Élus, syndicats et parents d’élèves sont unis contre le projet de carte scolaire.Élus, syndicats et parents d’élèves sont unis contre le projet de carte scolaire. DDM - Emmanuel Hoarau
Après avoir réuni précédemment 300 personnes, et une centaine le mardi 31 mars et le mercredi 1er avril, c’est une vingtaine de personnes qui s’est réunie devant la préfecture en cet après-midi pluvieux.
Les syndicats, toujours vent debout contre le projet, ont tenu à présenter une nouvelle option à la directrice académique, Sophie Sarraute : un moratoire "restauratif", en forme de main tendue vers une sortie de crise. "Le terme restauratif est volontairement choisi, confie une enseignante sous couvert d’anonymat. Il s’inspire du principe de justice restaurative et vise à apaiser les tensions et à rétablir la cohésion territoriale ainsi qu’un climat pacifié pour les professeurs."
Geler les suppressions de classe pendant 5 ans
Ce moratoire porté par l’intersyndicale (hormis l’UNSA), les collectifs de parents d’élèves et de nombreux élus se fixe comme objectif le gel des fermetures de classes durant cinq ans. Une mesure qui serait accompagnée de réflexions sur la baisse du nombre d’élèves moyen par professeur. "La France est avant-dernière, à l’échelle de l’OCDE, avec 18 enfants par professeur, analyse un syndicaliste FSU. La moyenne, c’est 14 par professeur ailleurs, mais si nous voulions vraiment proposer une école de la réussite, nous ne devrions avoir que 12 élèves par enseignant en moyenne."
Les quelques manifestants ont bravé la pluie.Les quelques manifestants ont bravé la pluie. DDM - Emmanuel Hoarau
Si ces chiffres peuvent interroger, le constat des instituteurs est sans appel : "Les fermetures de classes amènent factuellement plus d’élèves devant nous. Plus d’élèves, ce sont des conditions d’enseignement dégradées ainsi que des risques de recrudescence de faits de violence ou une mauvaise appréciation de ces cas par nous-mêmes", poursuit une enseignante.
Les élus au cœur du combat
Nombre d’élus se sont aussi positionnés en faveur de la baisse des effectifs d’enfants par classe. Le député Aurélien Pradié ou le président du conseil départemental Serge Rigal ont chacun exprimé leurs réserves face aux fermetures de classes.
"Ce CDEN est une mascarade, alors en cette période de carnaval je veux montrer ce que j’en pense", témoigne ce manifestant."Ce CDEN est une mascarade, alors en cette période de carnaval je veux montrer ce que j’en pense", témoigne ce manifestant. DDM - Emmanuel Hoarau
Quelques jours après que le parlementaire non inscrit a appelé à la formation d’une concertation entre tous les acteurs pour établir une nouvelle carte scolaire, le conseil départemental a, lui, adopté ce lundi matin et à l’unanimité une motion établissant son "soutien total" aux élus municipaux, parents et enseignants en lutte. Cette motion était accompagnée d’un abécédaire inflammatoire et destiné à la Dasen Sophie Sarraute, dans lequel on peut trouver : "Girafe (faire la) : attitude administrative consistant à regarder par-dessus l’horizon pour ne pas voir ce qui se passe au pied des collèges du Lot. Permet d’ignorer les réalités locales tout en gardant la tête dans les chiffres." Des mots durs, venus de tous les côtés, qui tranchent avec la volonté résolue de la directrice des services de l’Éducation nationale d’aller au bout de son projet de 12 fermetures de classes (Luzech, Pradines, Espère, Saint-Paul-Flaugnac, Castelfranc, Caillac, Lalbenque, Puy-l’Évêque, Biars, Gramat, Duravel et Livernon), conséquence, explique-t-elle, d’une baisse drastique des effectifs lotois à la rentrée. Le département perdra, selon les services de l’Éducation nationale, 312 élèves dans le premier degré à la rentrée.
Face à cette fermeté, les élus, la CGT, la FSU, SUD, la CFDT et la FCPE ont finalement décidé de quitter le CDEN après leurs prises de parole effectives : "Les arguments ont été posés. Les positions restent les mêmes et j’en arrive à cette conclusion : l’école de la République ne remplit plus sa fonction. Nous sommes en train de fabriquer du vote RN", a tancé la vice-présidente de la région, Marie Piqué, devant la préfecture.
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