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Cogénération - Méthanisation.

 
 

Bilan des colloques de Cahors et de Capdenac des 2 et 3 décembre 2011. Soixante élus, responsables syndicaux, militants politiques et associatifs ont participé ces 2 et 3 décembre aux journées consacrées à  construire une alternative énergétique adaptée aux caractéristiques rurales et sylvestres du département. Ingénieurs, économistes, médecins, gestionnaires forestiers, syndicalistes du MODEF, de la CGT - SNCF et EDF ont abordé les multiples aspects d’un développement concret de la production combinée d’électricité et de chaleur à partir des biomasses. Celles issues des déchets agricoles (lisiers, fumiers, résidus végétaux divers..), des boues de  centrales d’épuration d’eau. Celles d’une exploitation rationnelle de la forêt. Cette initiative du groupe « intervention citoyenne dans les gestions » et du CIDEFE était largement  soutenue par la fédération du PCF et du FdG. Notre initiative se voulait un contre-projet cohérent à l’exploitation du gaz de schiste toujours en perspective,  vu le maintien du permis de Cahors et de ses extensions. Mais elle se voulait aussi une réponse aux projets en cours de réalisation du SYDED, lesquels visent à créer des réseaux de chauffage urbains alimentant essentiellement des bâtiments publics, des HLM et des logements privés dans les bourgs du département. A l’occasion d’une conférence de presse à Cahors et d’articles dans la presse locale au cours des deux derniers mois, le collectif avait déjà clairement précisé les carences du dossier du SYDED. 30 millions d’euros (autant que la fraude fiscale départementale) pour 21 réseaux financés intégralement par des pouvoirs publics, des tarifs peu incitants pour les abonnés, pas de production combinée de chaleur et d’électricité, pas d’usage des déchets agricoles, des chaudières à bois ne respectant pas les normes de pollution européennes concernant les fumées, pas de politique préalable de gestion du gisement forestier. L’intervention citoyenne. La démarche est claire. Les réponses technologiques aux besoins humains  ne peuvent plus n’être que le fait  de monopoles capitalistes ou  de  groupuscules technocratiques qui conseillent  certains élus, plus motivés par des visées électoralistes que par l’intérêt collectif. Bref, les choix qui engagent la santé, le pouvoir d’achat, l’emploi, l’économie locale, l’aménagement du territoire, la gestion de l’épargne populaire doivent sortir des cénacles. Après un siècle d’enseignement obligatoire, de politiques culturelles, d’échanges intellectuels, il est grand temps qu’une bonne majorité de la classe politique  intègre quelques concepts : les décisions, cela se partage car les savoirs sont eux- mêmes largement  partagés. Car, adaptation de Montaigne, «  il y a plus de bonnes idées dans   beaucoup de têtes bien faites que dans quelques unes pas trop pleines ». Une politique agro-industrielle et ses financements, cela se discute collectivement. Pas nécessairement qu’à Paris, mais au plan du village, du département, de la région. Cette démarche s’impose d’autant plus que les accros du néolibéralisme, patrons du CAC 40 et énarques politico-administratifs, nous ont conduit dans le mur et que les banques privées se payent sur la spéculation au détriment du développement local et du bien-être humain. Donc, place au débat, aux propositions venant des citoyens, techniciens, ouvriers qualifiés, chercheurs, agriculteurs, ingénieurs, artisans,  consommateurs motivés, PME etc… pour reconstruire une économie centrée sur les besoins humains. Et non pas sur les diktats des agences de notations. En trente ans, la politique de privatisation s’est expérimentalement plantée. La solution : ce n’est pas la bourse, c’est la vie par le peuple en mouvement ! D’une philosophie au concret. C’était, modestement, ce que les colloques de décembre voulaient tenter  de  valider comme démarche. Confronté aux problèmes climatiques, énergétiques, le département rural,  pauvre, du Lot se doit de rompre avec l’acceptation d’une stagnation économico-sociale,  d’une érosion et d’un vieillissement  démographique. Avec  une autosatisfaction des autorités se contentant d’un tourisme de passage, de la transformation de terres cultivables en secondes résidences souvent utilisées 2 mois par an ! Avec  des projets délirants, dont celui de la « coulée verte » visant à transformer la plate-forme ferroviaire Cahors-Capdenac en une sorte de « vélib » local quand toutes les études sérieuses prônent l’extension du transport par rail, la réduction du fret routier et un plan de reconversion de conducteurs routiers notoirement exploités. La question posée, globalement, portait principalement sur la transition énergétique : tout un débat démocratique! Avant que de foncer tête baissée dans le gaz de schiste polluant et coûteux,  dans un éolien comme dans un photovoltaïque intermittents gâchant les paysages, réduisant les espaces cultivables et soutenus à coup de primes indécentes payées par la collectivité pour importer massivement des technologies délocalisées, ne valait-il pas mieux, d’abord, réfléchir à la valorisation des gisements locaux de la biomasse ? Tout en sollicitant nos entreprises locales pour travailler sur les autres énergies. Les colloques de décembre ont dit oui à sept axes de réflexion.
  1. Oui, il existe bien des technologies parfaitement maitrisées en Europe pour transformer des déchets agricoles et forestiers en électricité et en chaleur distribuées par des réseaux collectifs. Elles peuvent s’appliquer à une ou à quelques fermes, à un village comme à plusieurs milliers d’habitants. Un bureau d’étude lotois compétent en la matière s’est d’ailleurs fait connaître lors de la rencontre de Cahors. Des ingénieurs agronomes et énergéticiens wallons et français ont largement présenté les procédés et les réalisations en fonction en Belgique, Luxembourg, Allemagne comme dans l’Amiénois et le Nord-Pas-de-Calais. Il y a bien une technologie en expansion méritant une prise en compte locale en utilisation comme en production et répondant aux enjeux  sociétaux actuels.
  2. Oui, la cogénération-méthanisation intéresse les PME agricoles car elle les débarrasse, en les assainissant, des déchets actuellement éparpillés dans la nature au détriment de la qualité des eaux de surface et des nappes phréatiques. Elle leur apporterait des rémunérations complémentaires de l’ordre de 2 €  la tonne, leur cèderait gratuitement des amendements à épandre pour reconstituer les sols en réduisant l’achat des engrais de synthèse particulièrement polluants et émetteurs de gaz à effet de serre (GES). En outre, la production combinée peut réduire plus que sensiblement la facture énergétique des exploitations.  Notamment par la l’usage, déjà en cours,  du méthane produit dans le matériel agricole et par des fournitures d’électricité au réseau ERDF. Les intervenants du MODEF ont fait état de l’importance du gisement des résidus agricoles potentiellement transformables en énergies.
  3. Oui, la cogénération-méthanisation peut permettre de valoriser les déchets d’une exploitation rationnelle du taillis sous futée d’un massif forestier à l’abandon. Comme disait un intervenant, 99% de la forêt lotoise est privée, morcelée en milliers de parcelles non entretenues. A deux fonctionnaires pour conseiller des milliers de petits propriétaires peu motivés, on imagine bien les difficultés, dans les conditions actuelles, à développer une politique de sélection des espèces, d’amélioration de la qualité des bois d’œuvre dont le chêne et le châtaignier, comme à élaguer le taillis tout en maintenant la production d’humus. Bref, plutôt que de fracturer le sous-sol,  la question est  de valoriser rationnellement les énergies de surface.
  4. Oui, la cogénération peut permettre d’accroître  l’autonomie énergétique du département et la sortie de la dépendance des prix spéculatifs des hydrocarbures comme la réduction drastique des émissions de GES. Mais se pose la nécessité de bloquer définitivement  les permis de prospection du gaz de schiste et d’imposer un moratoire aux projets du SYDED concernant les réseaux «  chauffage bois ». Moratoire pour repenser les futurs mini réseaux dont ceux de Figeac, de Cahors, de Capdenac, de Souillac et de Gourdon et bien d’autres, en revoyant aussi à la hausse, pour certains, leurs dimensions pour réduire la pollution urbaine et les coûts des installations individuelles de chauffage.
  5. Oui, la valorisation des déchets énergétiques locaux va nécessiter des déplacements de biomasses importants locaux. Le mieux est d’utiliser la complémentarité rail-route. Le ferroviaire est  plus sécurisant, dégagerait les axes routiers étroits et réduirait  les émissions de GES. Il s’agirait de concevoir une coopération rail-route rabattant vers des plates-formes multimodales les divers déchets. Les intervenants de la CGT-cheminots ont souligné la nécessité de remettre en fonction des axes ferroviaires à l’abandon. Ils ont fait référence à leurs capacités, lors d’anciennes tempêtes, à participer à l’évacuation des arbres abattus. Ils ont évoqué l’importance de terrains détenus par  la SNCF, la RFF et disponibles pour accueillir des infrastructures de stockage, de séchage voir de méthanisation des déchets agricoles et sylvicoles à proximité de centres urbains.
  6. Oui, la production combinée électricité-chaleur pose, pour la chaleur, la question des pertes de  consommation pendant les mois chauds. Pour les ingénieurs présents, étant donnés les besoins de séchage des sous-produits forestiers (plaquettes, sciures…), les calories produites en continu 8000 heures par an peuvent servir de mai à octobre aux activités de séchage des stocks de bois qui alimenteraient les installations énergétiques le reste de l’année. De plus, certaines entreprises  de  l’agroalimentaire  sont d’ores et déjà candidates  à  consommer des biomasses pour leur besoins propres toute l’année. Une politique industrielle de la transformation agroalimentaire pourrait s’avérer une demanderesse saisonnière de chaleur (laiteries, conserveries, abattoirs).
  7. Oui, ce dossier d’un chapitre énergétique, on le voit, nécessite une approche politique globale associant de nombreux milieux de la vie active, de travailleurs dont les compétences diverses seraient mises en commun. Bref une démocratie économique. Et elle doit s’étendre en recréant les capacités de financement d’un secteur public du crédit  vu les gâchis spéculatifs actuels. En effet, le développement d’investissements énergétiques et autres dans l’aval et l’amont agricole devra mobiliser une épargne populaire existante, actuellement captée par les oligopoles bancaires privés (Crédit Agricole, DEXIA…) qui l’engagent dans les bulles financières successives. La réponse passe par la mise en place d’un secteur public du crédit avec des dimensions décentralisées.    
Les suites des colloques. Certes, tout n’a pas été résolu. Des  interrogations méritent une poursuite de la réflexion. La question des conditions d’exploitation rationnelles du massif forestier privé est posée. On exclut évidemment de « raser » la forêt pour offrir une rente aux associations de  propriétaires qui ont délaissé les bois et voudraient empocher, sans travail, les bénéfices d’une campagne de promotion des énergies dites renouvelables.  Mais, par contre, comment associer les agriculteurs à la valorisation intelligente de leurs petites parcelles boisées à une politique énergétique collective ? Comment reconstruire une initiative mixte avec un secteur public forestier à conforter et ainsi rendu capable d’aider, par des  moyens humains,  à la valorisation d’un potentiel économiquement délaissé ? Beaucoup de chiffres ont été évoqués sur les prix d’achat de la calorie «bois », sur ceux du KWh produit et acheté par l’EDF, sur ceux du transport des matières. Il y a besoin d’approfondir et sans doute de modifier les conditions d’achat aux producteurs d’électricité par l’EDF. Comme il s’impose d’étudier plus avant la vente de méthane au réseau GDF. En fait, la production d’énergies « renouvelables » est facturée au consommateur lambda alors que les monopoles énergétiques accumulent des profits peu ou pas fiscalisés.  Une analyse comptable s’impose à propos des coûts d’exploitation du SYDED quant à ses réseaux « bois » comme de la justification des  aides  publiques massives octroyées (70%) et des emprunts à taux et capital variables consentis auprès du Crédit Agricole (30%). D’où besoin de beaucoup plus de transparence et de la construction d’un programme financier cohérent. Se basant sur des travaux médicaux et des législations européennes en matières de pollution de l’air non respectées par le gouvernement (il lui en coûte 250 millions d’amendes européennes l’an), un sérieux problème de santé apparaît. La combustion du bois est particulièrement polluante. De multiples études  confirment les conséquences cancérigènes, cardio-vasculaires liées aux particules fines (10microns et moins) et aux N0x émis par les chaudières « bois » non pourvues d’électro-filtres, dont celles du SYDED. Ce dernier doit revoir sa copie en matière de filtration. En guise de première conclusion. Ces colloques ont ouvert la voie à la construction d’une alternative énergétique, certes partielle, au plan départemental. Elle peut s’étendre aux zones rurales de la région Midi-Pyrénées voire au-delà. Une fois complétées, ces propositions peuvent s’intégrer au débat énergétique indispensable qui prend corps dans notre pays. Pierre Beauvois.

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